"Alors que le vulgaire s'éclame tout de suite "c'est nul" ou "c'est génial", le
connaisseur exagère son scepticisme et la distance pour se laisser d'autant mieux captiver par les forces les plus cachées de l'oeuvre. Dans son projet de réforme de l'éducation, Nietzsche
suggère donc que la première tâche de l'école soit d'apprendre à voir.
"Apprendre à voir -
habituer l'oeil au calme, à la patience, au laissez-venir-à-soi ; différer le jugement, apprendre à faire le le tour du cas particulier et à le saisir de tous les côtés. Telle est la
préparation à la vie de l'esprit : ne pas réagir d'emblée à une exitation, mais au contraire contrôler les instincts qui entravent, qui isolent. Apprendre à voir, comme je l'entends, est presque
ce que la manière non philosophique de parler appelle la volonté forte : son trait essentiel est de ne pas vouloir, de pouvoir suspendre la décision. Toute absence d'esprit, tout ce qui est commun repose sur l'inaptitude à opposer une résistance à une exitation - on doit
réagir de tout nécessité, on suit chaque impulsion. Dans bien des cas, une telle nécessité est déjà disposition maladive, déclin, symptôme d'épuisement - presque tout ce que la grossièreté non
philosophique désigne du nom de "vice" est purement et simplement cette incapacité physiologique à ne pas réagir".
Le Crépuscule des îdoles, Ce qui abandonne les allemands, 6.
Connaissiez-vous Nietzsche sous cet angle là ?
extrait de :
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