Depuis que j'ai vu les images de Pripiat, je suis attirée par la mousse. Je vis dans un monde de mousses, à la lisière d'une forêt enchantée, et je n'ai pas peur. J'ai envie de me coucher
dans les sous bois, et de respirer les odeurs humides. C'est dans l'île que j'ai apris à aimer la mousse. Le nez au ras du sol comme la petite fouisseuse que j'étais, j'ai découvert du bout des
doigts le piquant des aiguilles de pins, le gratant du sable, le craquant des feuilles. La mousse était le bonheur velu au bout de mes doigts. Je sais encore me laisser hypnotiser par ce sol, où
les taches des mousses se confondent avec les taches du soleil.
Seulement maintenant, je les vois partout ! Je vois qu'elle envahisent aussi les troncs d'arbres, et les murs. Elles recouvrent tout de leur petit duvet, avec des couleurs toujours plus
étonnantes. En Alsace, il y a cette forêt, où elle prolifèrent différement de chaque côté du sentier. Depuis ce week end, je ne rêve que d'y retourner pour revoir les verts amandes, les dentelles
de prairies, les fourrures fluos. J'y ai vu un bleu gris étrange, comme celui qui pourrait sétendre sur la peau d'un lutin mort. Je tente de les peindre : je fabrique des taches liquides et
j'essaie de les faire pousser. C'est un long travail, et en ce moment, rien de ne rend jamais comme je le voudrais. Les mousses scintillent, c'est Pripiat qui m'a appris cela.
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