Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

" Nous sommes bien obligés de faire la différence entre ce qui est là, posé devant nous, comme cet ensemble de pierres constituant une ruine, et ce qui est "là" sans être directement perceptible et qui pourtant fonde le sens de nos perceptions et exerce son influence sur elles. Cette différence entre ces deux présences est ce que Heidegger nomme la "différence ontologique". Penser l'Etre suppose donc de dépasser les perceptions premières provoquées par un objet - l'étant - pour accéder à cette présence-absence qui y est aussi - l'Etre. Il faut donc penser l'Etre en terme de don. D'ailleurs, Heidegger le définit comme es gibt, qui se traduit par "il y a", ou littéralement " ça donne". Mais nous ne pouvons pas nous rendre disponible à cela si nous regardons les choses uniquement comme des outils ou des objets utiles. Si nous considérons la ruine comme un ancien terrain de jeu ou un abri possible, alors le monde ancien qu'elle porte en elle ne s'offre pas. Pour s'enrichir au contact des choses, il convient donc d'abandonner à leur égard notre attitude intéressée et tournée uniquement vers l'action pour développer au contraire une attitude contemplative. Il est nécessaire de veiller à ce qui s'offre et à ce qui se donne pour ne pas être condamné à nous ennuyer en trouvant que les choses "nous laissent vides". Nous devons nous mettre à disposition de ce don."

Céline Belloq, 2010, Etre soi avec Heidegger, Edition Eyrolles.

"La Forme est opposée au Chaos, comme la Supériorité est opposée à l'Infériorité. Gombrowicz découvre avec amertume que nous nous battons sans cesse pour la Forme et la Supériorité, mais que nous sommes constamment attirés par le Chaos et L'Infériorité, car il  nous semble pouvoir être plus libres en eux. En réalité, la seule liberté possible, même partielle, réside dans la créativité artistique. L'artiste, même s'il est dans l'impossibilité de fuir la Forme ou d'atteindre la Forme parfaite, peut du moins se sentir libre de "jouer" avec elle. Il peut rendre "visibles", au lieu de les occulter, tant la maturité de la convention artistique que sa propre Immaturité et ainsi, en s'en tenant à une distance salutaire, se libérer dans une certaine mesure de leur oppression. Pour Gombrowicz, l'art est le seul moyen dont les hommes disposent dans le chaos de l'Existence pour faire valoir un peu de leur propre forme."

Francesco M. Cataluccio, 1995, préface aux Cours de philosophie en six heures un quart, de Witold Gombrowicz.

Partager cet article

Repost 0