Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

rip.jpg

                        Victimes de ragot ou gossip girls confirmées, désormais personne ne semble ignorer l’ampleur du phénomène Facebook. Dévoilant d’ordinaire les petits secrets de millions d’anonymes, leurs fréquentations, leurs passe-temps et leur géographie quotidienne, notre réseau social favori peut nous faire espérer davantage. Rendant tout à chacun accessible à tout le monde, le site étend le domaine des rencontres ordinaires. Certains y font superficiellement connaissance avec leur écrivain, leur artiste peintre, leur interprète préféré.

                        Il y a plus d’un mois maintenant, un usage inattendu du site s’est révélé. Sur le propre mur de l’actrice anorexique Isabelle Caro, une personne s’est chargée de révéler le décès de la jeune femme. Avant que la nouvelle ne soit rendue publique, les « amis » d’Isabelle en ont reçu l’exclusivité. Pour éviter que la presse ne s’empare de sa mort nous disait-on, elle était ainsi divulguée à tous ses contacts, indifféremment qu’ils lui soient apparentés, amis, malades comme elle ou simples lecteur de la biographie qu’elle avait publiée chez Flammarion. Aujourd’hui seulement, nous commençons à mesurer les effets désastreux de ce choix.

 

nolita.jpg

 

                    En effet, n’est pas journaliste qui le veut. Le travail du journaliste il me semble, lorsqu’il doit annoncer une pareille nouvelle, et d’accompagner son lecteur pour qu’il puisse comprendre, et ramener les évènements à leur juste mesure. Pour qu’il puisse faire son deuil aussi, reconnaitre qu’il s’agit d’une information dramatique, en bref, faire tomber le voile des yeux de ceux qui lisaient son livre simplement comme un roman. Dans la hâte provoquée par l’annonce de cette nouvelle sur Facebook, les journalistes cherchent aujourd’hui à apporter de nouveaux éléments à l’histoire qui leur a glissée entre les doigts. Comment expliquer autrement la médiatisation récente du père d’Isabelle, seul témoin de « l’affaire » puisque la maman s’est suicidée peu de temps après la disparition de sa fille ? Comment expliquer autrement que par la frustration des journalistes, l’attention que Jean-Marc Morandini  accorde aux propos dérangeants dérangeant de Christian Caro ? Je ne crois pas que le rôle du journaliste soit d’étaler les épisodes d’une névrose familiale dont personne ne maîtrise les tenants ou les aboutissants. Je ne suis pas journaliste, et pourtant je rêve que le public puisse voir, invité à la télévision, un psychiatre qui saurait nous éclairer sur tout cela et rappeler les réalités de la maladie.

                        Je ne suis pas psychiatre, mais il me semble que peu de gens on lu ce livre avec l’attention qu’il réclame. Déjà, il faudrait reconnaître la force qu’il a sans doute fallu à cette femme, pour écrire son histoire. Envisager que peut-être, au vu de son état de faiblesse, elle ne l’ait pas écrit toute seule, sans que ça n’enlève en rien à la force de son témoignage. Entendre que ce quelle nous dévoile d’une façon particulièrement fine et émouvante, c’est le traumatisme qui l’a amené dans la maladie. En effet, Isabelle pointe avec précision les mécanismes de la maltraitance dont elle a été victime dans son enfance, sa mère lui interdisant de grandir, de sortir de la maison, de respirer l’air du dehors, ou de rencontrer des enfants de son âge. Une maltraitance dont elle déplorait qu’elle ne laisse pas de « traces visibles ».

                        Alors aujourd’hui, entendre son père, déclarer qu’il a toujours été, avec le soutien de sa femme, « très attentif à tous les petits problèmes » que sa fille pouvait avoir, appuyé par un ami d’Isabelle qui déclare qu’il « n’avait rien vu et pensait qu’elle allait bien », me semble absolument atterrant et potentiellement dangereux. Le voir présenter, dans la liste des personnes qui lui ont tendu la main, le producteur qui avait « tout misé » sur la participation d’Isabelle Caro à son film, et qui à présent se trouve très déçu que son projet ne puisse voir le jour, est parfaitement déplacé. Ecouter un ami également invité sur le plateau, présenter Isabelle comme une très grande violoniste, alors que celle-ci décrivait le violon comme une corvée qu’elle exécutait dans l’espoir de correspondre aux ambitions extravagantes de ses parents, plutôt désagréable. Enfin, comment écouter son père accuser les médecins du dernier hôpital où Isabelle fut admise, d’homicide volontaire ? Il me démange de reparler des chirurgiens esthétiques qui on accepté de l’opérer au visage alors qu’elle ne dépassait pas les trente kilos. Il me démange aussi d’accuser son père, qui, d’après ce qu’Isabelle raconte avait souvent quelque chose de « bien plus intéressant à faire que s’occuper (d’elle) ».

                        Enfin, raconte-elle.

 

flammarion

 

                        Imaginons aussi qu’il y ait plusieurs versions, comme celle du blog d’un quidam où j’ai lu l’hypothèse que se soit bien un designer influent qui lui ait demandé de perdre du poids. Acceptons que son livre ne raconte peut-être qu’une réalité perçue à travers le voile de la maladie, et que les choses écrites ne se soient probablement pas passées comme cela. J’aimerais qu’on dise la vérité au public d’Isabelle, parce que, présentées dans cette confusion, tous les propos me paraissent potentiellement dangereux.  

                        Je suis enseignante, et quand je vois aujourd’hui des jeunes filles mineures rassemblées dans le groupe créé à la mémoire d’Isabelle Caro, demander de l’aide parce que « ma mère veut me peser », je crois qu’il pourrait être de mon devoir de dire ce que je pense de tout cela. Je crois que sa page Facebook ne permet plus à ses fans de communiquer avec Isabelle. Que le lien magique est rompu. Qu’il faut enfin se demander ce qu’on cherche quand on traine sur cette page devenue mausolée. Cette fascination pour sa personne ainsi que la médiatisation de ses proches à la suite de sa mort me paraît parfaitement malsaine.

                        J’ai décidé de garder son livre, même si désormais, sur Facebook, Isabelle Caro n’est plus mon « amie ».

Tag(s) : #pause café

Partager cet article

Repost 0